La prochaine séance de l’atelier Bergson aura lieu le 9 juin 2026 de 10h à 13h CET dans la salle Sartre, Pavillon Pasteur, ENS Paris et sur Visio.
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Langage, intuition, interprétation. Nietzsche et Bergson après Kant
Tobias Endres (AvH, CNRS/ENS PSL)
Cette intervention propose de relire le rapprochement entre Nietzsche et Bergson à partir d’une hypothèse précise : loin de rompre simplement avec Kant, les deux philosophes radicalisent la question critique en la déplaçant vers les conditions vitales, linguistiques et grammaticales de l’expérience. Chez Nietzsche, le perspectivisme ne désigne pas un simple relativisme, mais la manière dont le devenir se configure en monde pour des vivants déterminés : la connaissance suppose un « vouloir-rendre-connaissable » par lequel le devenir lui-même produit l’apparence de l’étant. Chez Bergson, l’intuition ne relève pas d’une immédiateté naïve ; elle doit traverser les médiations du langage, de l’action et de l’intelligence pour rejoindre la mobilité de la durée.
L’exposé s’appuiera notamment sur le cours inédit de Bergson, Les Idées générales dans leurs rapports avec les mots, les images et les choses (1898), qui permet de renouveler la compréhension de sa philosophie du langage. Bergson y montre que la pensée et la parole se structurent réciproquement, et que la grammaire peut déterminer ou spécialiser certaines catégories fondamentales, notamment celles de substance et de cause. La comparaison avec Nietzsche permet alors de comprendre l’intuition et l’interprétation comme deux méthodes postkantiennes de pensée du devenir, irréductibles l’une à l’autre, mais convergeant dans une critique commune de la fixation grammaticale du réel.
Un dialogue éventuel : la liberté bergsonienne et le destin nietzschéen
Yusong Lin (ENS PSL)
La liberté est une notion centrale de la philosophie de Bergson ; le destin est une notion centrale de la philosophie de Nietzsche. En apparence, les deux notions semblent radicalement opposées. Mais l’examen concret de leurs textes permet de constater que, autour de la question du rapport entre liberté et destin, leurs philosophies partagent de nombreux thèmes communs, ce qui nous permet de construire un dialogue possible entre les deux philosophes.
Cette possibilité se manifeste d’abord dans la critique que Bergson et Nietzsche adressent aux discussions de la métaphysique traditionnelle sur le libre arbitre et le déterminisme. Pour les deux philosophes, ces discussions commettent la même erreur, à savoir substituer à l’expérience dynamique de l’intuition une opposition statique de concepts. Les réponses à cette erreur se présentent dans leurs méthodes philosophiques : chez Bergson, la durée s’oppose à l’espace ; chez Nietzsche, le devenir s’oppose à l’être. Ensuite, la question de la volonté. Bergson considère l’action volontaire comme la manifestation de la liberté ; mais, à partir de la liberté, Bergson en vient à toucher à des problèmes qui appartiennent au domaine du destin, comme le montrent ses analyses du schéma, de la délibération et de l’effet rétroactif. Nietzsche lie la volonté au destin ; mais, pour distinguer son concept de destin du déterminisme et du fatalisme, il introduit également l’esprit libre. Enfin, la question de l’individualité et de la création. Bergson et Nietzsche soulignent tous deux la création de soi, qui se manifeste dans le processus de la vie. Bergson définit la création à partir de la liberté ; Nietzsche la définit à partir de la direction inverse, c’est-à-dire du destin. Les deux philosophes convergent finalement vers un même thème : devenir ce que l’on est.
Modération : Arnaud François-Mansuy (Université de Poitiers)














